Claudia
et Léonie Laroche ont été marraines de guerre
pendant la première guerre mondiale. Elles correspondaient
avec deux soldats au front et ont contribué à maintenir
leur moral. Au gré des échanges épistolaires,
sur plus de trois ans, les soldats ont nourri pour leurs marraines
de tendres sentiments qui contrastait avec ce qu'ils vivaient au front.
Nous n'avons que les cartes des soldats dont nous ne connaissons que
les prénoms et nous ignorons si les protagonistes de ces échanges
de courriers se sont rencontrés après la guerre. Les
cartes présentées ici sont toutes des cartes galantes
et romantiques qui masquent la vérité de ce que les
soldats ont vécu au front.
Les marraines de guerre de François Moulin
(L'Est républicain du 2 novembre 2008).
La mission des correspondantes était de soutenir
le moral des combattants. Mais des idylles allaient naître.
La guerre de 14-18 vit apparaître une nouvelle figure : celle
de la marraine de guerre, représentée sur les cartes
postales d'époque comme une jeune femme au doux regard. Elle
avait pour mission d'apporter son soutien par courrier aux soldats
sans famille ou blessés ou de confectionner pour eux des colis
et des vêtements. Une sorte d'infirmière de l'âme,
doublée d'une bonne couturière.
C'est au début de l'année 1915 que fut créée
« La famille du soldat », une première uvre
destinée à venir en aide aux combattants. Cette association,
fondée entre autres par Mesdemoiselles de Lens et de Vismes,
fut parrainée par des personnalités de l'aristocratie
et de la grande bourgeoisie catholique et conservatrice.
Sous la bannière de l'Union sacrée, du nationalisme
et de la religion, cette première uvre encouragea les
marraines à entretenir des correspondances avec les hommes
du front afin de remuscler le moral de la troupe. D'autres uvres,
comme « Mon soldat », obtiendront au début les
encouragements du ministère de la Guerre. Des journaux parisiens
prirent aussi des initiatives devant l'afflux de lettres de soldats
qui réclamaient affection et nouvelles de l'arrière.
Mais, « le marrainage s'étend très largement au-delà
des soldats privés de famille et échappe au contrôle
des uvres fondées en 1915. Il se transforme en flirt
épistolaire, en une relation sentimentale entre jeunes hommes
et jeunes femmes », explique l'historien Jean-Yves Le Naour.
Mal vues par l'armée : le
journal Fantasio, relève l'historien, va même lancer
en mai 1915 une opération baptisée « le flirt
sur le front » en se proposant de servir d'intermédiaire
entre les poilus esseulés et les jeunes filles au cur
à prendre...« Le 15 novembre 1915, submergé de
demandes militaires, Fantasio annonce qu'il met un terme à
son initiative », ajoute-t-il.
Petites annonces :des
journaux prendront le relais, publiant des milliers de petites annonces
: un « marché » juteux pour les quotidiens. A la
suite de ces échanges de lettres, des centaines de couples
se formeront pendant la guerre, lors des permissions, et après
la victoire.
Mais, ce versant du rôle des marraines ne sera pas du goût
des « ligues de vertus ». Les catholiques critiquent les
jeunes femmes aux murs trop légères, le théâtre
et les chansonniers s'emparent du sujet et n'épargnent pas
certaines marraines.
« Femme libre » : l'armée,
elle aussi, voit d'un mauvais il le développement de
cette correspondance débridée. Elle évoque des
risques d'espionnage : des agents allemands se feraient passer pour
des marraines de guerre afin d'obtenir des informations sur les mouvements
et la position des régiments. Les lettres adressées
sous initiales sont jetées au rebut. Le ministre des Postes
donne des consignes strictes.
En fait, estime Jean-Yves Le Naour, « la marraine de guerre
fait peur aux militaires comme aux moralistes parce qu'elle incarne
la libération des murs, parce qu'elle est une femme libre
qui écrit à des hommes, sans tutelle ni surveillance
». Elle rappelle à l'armée et à la société
toute entière que les hommes au combat restent d'abord des
êtres humains et non des machines à tuer, doués
de sentiments, sexués et fragiles.
Archives familiales Jean-Luc Guyot (documents numérisés
par Jean François Christé et Philippe Lenglet)