L'histoire de Jean-Baptiste Sandre (instituteur à Mussy de 1864 à 1867)


La famille Sandre a donné plusieurs générations d'enseignants de la fin du XVIIIème siècle à aujourd'hui. Trois d'entre eux ont écrit le récit de leur vie d'instituteur : Bertrand, son fils Jean Baptiste et le petit fils Joseph entre 1798 et 1905. Leurs récits sont restés dans les archives familiales jusqu'à aujourd'hui. Elles ont inspiré à Yves Sandre (arrière petit-fils de Jean Baptiste Sandre) un roman publié aux Editions du Seuil en 1962 intitulé "Marchands de participes". Mona Ozouf a publié une étude en 1979 intitulée "La classe ininterrompue ; cahiers de la famille Sandre, enseignants". Cette famille, touchée par la fièvre de l'écriture a laissé bien d'autres documents écrits (mémoires ; journaux de guerre ; poésies...). Par cette multiplicité d'écrits, une page de l'histoire du Brionnais et de la Saône et Loire est amenée à revivre.

Jean Baptiste Sandre fut Maître d'école à Mussy sous Dun entre 1864 et 1867. Il a longuement écrit sur son séjour dans notre commune et nous allons prochainement, avec l'accord de la famille publier sur le site l'intégralité du passage qui concerne Mussy. Nous avons résumé la vie de Jean Baptiste Sandre que vous pourrez lire ci-dessous et nous avons numérisé et mettons à votre disposition le passage du roman d'Yves Sandre qui concerne Mussy (avec l'accord de l'auteur et de l'éditeur). Jean Baptiste Sandre a réalisé plusieurs dessins de la commune (consultables sur le site) et composé une chanson sur Mussy qui a été reproduite dans la monographie locale rédigée par un de ces successeurs, Jean Nesly en 1900. Jean Baptiste Sandre et sa femme Marguerite Buy ont eu un de leurs enfants qui est né à Mussy : Jean-Claude est né le 10 juillet 1866 et décédé le 22 novembre 1866.

Extrait du roman d'Yves Sandre "Marchands de participes" se déroulant à Mussy sous Dun

Dessins de Jean-Baptiste Michel de Mussy sous Dun

Actes de naissance et de décès de Jean Claude Sandre

Merci à Violaine Malineau et à Yves Sandre pour leur aide
« Si vous êtes intéressés par la famille Sandre et ses archives, merci de contacter la petite fille d’Yves Sandre, Violaine Malineau : violaine.malineau@gmail.com »

Jean Baptiste Sandre est né à Gênes en Italie le 8 février 1824, ville où son père Bertrand exerçait à ce moment là le métier de quincailler. Bertrand a exercé à plusieurs reprises le métier de Maître d'école. Toute la famille de Jean-Baptiste Sandre est originaire du Briançonnais dans les Hautes Alpes (hameau de Chantemerle sur la commune de Saint Chaffrey où se situe actuellement la station de Serre-Chevalier). C'est là que Jean-Baptiste va passer son enfance, sous l'autorité d'une mère (maîtresse femme) qui dirige le domaine familial, les domestiques et ses quatorze enfants en l'absence du Père qui vit à Gênes la plupart du temps. Issu d'une famille relativement aisée pour l'époque, Jean Baptiste Sandre bénéficiera d'une scolarité longue avec un passage par le petit séminaire. Il va finalement se détourner du sacerdoce, mais restera très pieux toute sa vie. Il embrasse le métier de Maître d'école le 3 novembre 1845 en ouvrant une classe dans une étable de la ferme familiale qui fonctionnera jusqu'en avril 1847. Mais, sans doute pour échapper à l'autorité maternelle et aux querelles familiales, Jean Baptiste Sandre répond à une annonce parue dans le mensuel "le père du peuple". Il postule au poste d'instituteur-adjoint de l'école libre de Verzé en Saône et Loire.. Il quitte Chantemerle le 30 septembre 1847 pour la Bourgogne. Il ne reviendra jamais dans sa terre d'origine et sa famille fera souche en Saône et Loire. Devenu instituteur à Verzé, il y rencontre celle qui deviendra dès décembre 1847 sa femme, Marguerite Buy. Il enseigne ensuite à l'école de Pouilloux en 1848 et 1849 (canton de La Guiche), à Iguerande de 1850 à 1855, puis à Gilly sur Loire (à coté de Bourbon Lancy) jusqu'en 1861, à Chalmoux jusqu'en 1864 et à Mussy du 10 février 1864 au 22 octobre 1867. Après on départ de Mussy, il devient instituteur à La Guiche jusqu'en 1873, à Bragny (canton de Palinges) jusqu'en 1880. A partir de 1879, les républicains sont majoritaires à l'Assemblée nationale et le mouvement anti-clérical est fort. Jean-Baptiste Sandre, catholique très pieux n'a pas vu le vent tourner et il continue d'accueillir des prêtres et des religieux dans sa classe. Suite à la venue du prêtre de Bragny et d'un père jésuite dans la classe de son école communale, il est réprimandé et mis d'office à la retraite. Il entre en fonction au collège du sacré coeur à Paray le Monial, mais va rapidement cesser sa fonction d'enseignant pour devenir gérant d'un magasin d'objets pieux. Sa femme décède en 1887. Son fils ainé Joseph, entre à l'école normale de Macon en octobre 1867, sera instituteur en Saône et Loire jusqu'à sa retraite et écrira aussi ses mémoires d'instituteur. Jean Baptiste Sandre est décédé le 13 octobre 1917 à Saint Bonnet de vieille vigne à l'âge de 93 ans.

Signature de Jean Baptiste Sandre sur les registres de la mairie de Mussy

Jean Baptiste Sandre à l'âge de 42 ans, alors qu'il est instituteur à Mussy sous Dun (photos famille Sandre)


Jean-Baptiste Sandre à la
fin de sa vie (photo famille Sandre)


Jean Baptiste Michel, ami mussiat de Joseph Sandre, le fils de Jean Baptiste (photo famille Sandre)

Le roman "Marchands de participes" qui s'appuie sur les mémoires de Jean Baptiste Sandre rebaptisé "Ranson"
Yves Sandre, aujourd'hui agé de 96 ans est enseignant en retraite et écrivain
Les cahiers de la famille Sandre présentés par Mona Ozouf en 1979


Jean-Baptiste Sandre a composé cette chanson pendant qu'il était en poste à Mussy sur l'air de "Ma Normandie"


Premier couplet
L'on me dit : vous êtes poète
Il nous faut faire une chansonnette
Avec grand plaisir j'accepte
Cette flatteuse invitation.
Je vais donc chercher dans ma tête
Pour chanter et rire aussi
Une petite chansonnette
Sur le beau pays de Mussy
Une petite chansonnette
Sur le beau pays de Mussy.



Deuxième couplet
Admirez ces hautes montagnes
Qu'ornent le châtaignier le pin
Ces collines et ces montagnes
De froment et de sarrasin
Voyez cette douce rivière
Qui coule et passe par ici
C'est un pays riche et prospère
C'est le pittoresque Mussy
C'est un pays riche et prospère
C'est le pittoresque Mussy.



Troisième couplet
Sur le penchant d'une colline
Voyez ces groupes de maisons
Et cette croix qui domine
Tous les pays des environs
Nous disant qu'il faut à tout âge
Prier et travailler aussi.
C'est le clocher de mon village
C'est le petit bourg de Mussy
C'est le clocher de mon village
C'est le petit bourg de Mussy.







Quatrième couplet
De nos aïeux suivons l'exemple
Voyez ce peuple plein d'amour
Se rendre en foule dans le temple,
pour sanctifier le saint jour
Entendez ces voix éclatantes
De pasteur et de chantres aussi.
C'est une preuve éloquente
Que la foi règne au vieux bourg
C'est une preuve éloquente
Que la foi règne au vieux bourg.



Cinquième couplet
Mussy fait des progrès insignes
Dans les travaux dans l'instruction,
Jeunes et vieux plantent des vignes
Et vont le soir à la leçon
Sans se griser ils savent boire
Chanter et vivre sans souci
Aussi je me fais une gloire
De dire que je suis de Mussy
Aussi je me fais une gloire
De dire que je suis de Mussy.



Sixième couplet
L'hiver quand finit la journée
Je réunis tous mes enfants
Devant la grande cheminée
Précieux reste du vieux temps
Là je lis la sainte écriture
Que lisait ma grand-mère aussi
Ainsi le goût de la lecture
De père en fils passe à Mussy
Ainsi le goût de la lecture
De père en fils passe à Mussy.

Septième couplet
A vingt ans si le sort m'appelle
Je saurai vivre dans les camps
Et loin de mon pays fidèle
Je m'éloignerai de mes champs
Et après trois ans de campagne
Au pas de charge et fier aussi
Je reviendrai dans mes montagnes
Aimant encore mon vieux Mussy
Je reviendrai dans mes montagnes
Aimant encore mon vieux Mussy.

Huitième couplet
Et si le sort heureux me laisse
Cultiver ma vigne et mes champs
Pour me soigner dans ma viellesse
J'aurai ma femme et mes enfants
Et monpère dans son vieil âge
Aimera chanter et dire aussi
Enfants aimez votre village
Notre bonheur est à Mussy
Enfants aimez votre village
Notre bonheur est à Mussy.

Neuvième couplet
Pour me vêtir dans l'hiver
J'ai la blanche laine de mouton
Pour me nourrir dans la plaine
J'ai les fruits de chaque saison
J'ai la pêche, la pomme, la poire,
la noix et la châtaigne aussi
Et, aussi amis j'ai pour boire
Le bon petit vin de Mussy
Et, aussi amis j'ai pour boire
Le bon petit vin de Mussy.

Dixième couplet
Ô mon pays toute ma vie
Tu seras mes chères amours
Nul autre ne me fera envie
C'est ici que je veux couler mes jours
Que m'importe toute la terre
Ne suis-je pas heureux ici
En attendant le ciel j'espère
Vivre et mourir au vieux Mussy
En attendant le ciel j'espère
Vivre et mourir au vieux Mussy.


Yves Sandre est un enseignant, écrivain et poète né à Epinac les Mines le 1er septembre 1913. Il a fait ses études à Lyon et Paris. Il a été professeur à Vitry-le-François de 1936 à 1957. Agrégé des lettres classiques en 1954, il a été Maître-assistant à Paris X Nanterre de 1965 à 1974. Il a eu deux enfants et quatre petits enfants, dont l'une, Violaine Malineau est docteur en Histoire de l'Art.
Il a fait beaucoup d'huiles et de crayons (en particulier pour illustrer ses recueils de poèmes).
Bibliographie :
Romans : Billy Volapuk aux éditions du Panthéon en 1994 - Marchands de participes en 1962 et Marie des autres en 1964 aux éditions du Seuil - Caton le Dévorant aux éditions du Seuil en 1958
Romans jeunesse : aux éditions Castermann : Le dévorant en 1980, Terremoto en1984, L'enfant de cristal en 1990, Le résistant
aux éditions Librairie bleue: Tout le monde en piste, 1997
aux éditions du Phare: Alain Porée, vocation corsaire, 1999
Poésie, chez Rougerie depuis 1972 : Phantasmes - Le miroir double - Intégrales - Lumière de l'être - Echos - Les vertigineuses - Romances - Catalyses - Théorèmes - Sonnèmes - Fantaisies
Autres : L'humaine tragédie, éditions Orphée-Raquet, 1938 - Perspectives, éditions A.Messein, 1941 - Mosaîques, éditions Cahiers de Paris, 1945 - Les sept tonnerres, éditions du Sol Clair,1950 - Poésies quotidiennes, édtions Iô, 1953 - Plain chant, Doullens, 1965 - L'amour de nous, éditions Traces, 1967 - Instantanés, éditions Commune Mesure, 1976 - Nocturnes, éditions Athelio, 1996 - Amour Amour, éditions Traces, 1998
Anthologies : Le pirate de Fleurville, éditions Gérard Bialestowki, 1983 - Complainte de Noêl, éditions du Cherche- Midi, 1983 - Trois poissons en rêve, éditions Casterman, 1977 - Préhistoire, éditions Barré-Dayez, 1974 - Quatuor, éditions Corymbe, 1942

Mona Ozouf est née en 1931. Elevée en langue bretonne, elle est la fille de Yann Sohier, et de Anne Le Den, tous deux instituteurs et militants de la cause bretonne. Élève à l'École normale supérieure (ENS), elle est agrégée en philosophie. C'est par l'intermédiaire de son mari, Jacques Ozouf, qu'elle épouse en 1955, qu'elle fait connaissance avec les historiens Denis Richet, Emmanuel Le Roy Ladurie et François Furet. De nombreux ouvrages sont nés de la collaboration avec son mari. Membre du Centre de recherches politiques Raymond Aron à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS), elle a été directrice de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Elle écrit également pour le Nouvel Observateur et participe à la revue Le Débat. Ses travaux ont surtout porté sur les questions se rapportant à l'école publique et à la Révolution française. Les rapports qu'entretiennent pédagogie, idéologie et politique l'ont particulièrement intéressée.

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