Les mémoires de Jean-Baptiste Sandre : le récit de ses trois ans à Mussy


Jean Baptiste Sandre a enseigné à l'école communale de Mussy sous Dun entre le 10 février 1864 et le 22 octobre 1867. Il était instituteur à Chalmoux (canton de Bourbon-Lancy), quand il appris que monsieur Baudry, Inspecteur de l'Education de Charolles l'avait nommé à Mussy. Cette nomination constituait une promotion. C'est avec joie que Jean Baptiste Sandre appris celle-ci. Cependant il fut triste de quitter ses élèves et ses amis de Chalmoux. Il pris la route de Mussy le 10 février 1864. C'est là que nous faisons débuter son récit. Il a longuement écrit sur son séjour dans notre commune et nous publions ici le texte intégral de ses mémoires sur ce qu'il a vécu à Mussy. Il s'agit d'un document exceptionnel sur la vie d'un petit village du Brionnais dans la deuxième moitié du XIXème siècle et sur le ressenti d'un "maître d'école" sur la vie de ce village. Ce récit n'est absolument pas objectif, mais il est un témoignage plein de sincérité, d'humour et de foi dans le métier d'enseignant. Nous remercions encore Violaine Malineau pour son concours. Bonne lecture !

« Si vous êtes intéressés par la famille Sandre et ses archives, merci de contacter la petite fille d’Yves Sandre, Violaine Malineau : violaine.malineau@gmail.com »


Mon séjour à Mussy sous Dun du 10 février 1864 au 22 octobre 1867

Sommaire

1 – Le voyage. 2 – L'arrivée. 3 – Ma visite à monsieur le Maire et à monsieur le Curé. 4 – Ouverture de la classe et du cours d'adultes. 5 – Ma classe du dimanche. 6 – Mon livret d'élève. 7 – Entrée de Joseph à Saint Genis-Laval. 8 – Lettre de ma mère m'annonçant qu'elle veut venir rester avec moi. 9 – Rentrée des classes et du cours d'adultes. 10 – Mort de ma Mère. 11 – Inspection du cours d'adultes. 12 – Sur l'invitation du cours d'adultes, je compose une chanson sur Mussy. 13 – Erreurs des tableaux de recensement de la classe 1864. 14 – Le Préfet me prive d'un trimestre de traitement de Secrétaire de Mairie. 15 – Mon voyage à Charolles pour me justifier. 16 – Ma lettre à l'Empereur pour demander justice. 17 – Mon voyage à Chatemerle pour le partage. 18 – Mes pleurs et mes sanglots en apprenant les vices de la femme de mon frère Alexandre. 19 – Voyage de mon frère à Mussy. 20 – Notre visite à Joseph à Saint Genis, au départ de mon frère. 21 – Lettre du Préfet m'annonçant que justice m'est faite, et réception de ma mention spéciale du Ministre. 22 – Nos visites entre confrères. 23 - Rentrée des classes et du cours d'adultes (15 octobre 1865). 24 – Mes démélés avec le Percepteur Perret. 25 – Remise de mon prix de cours d'adultes. 26 – Inauguration d'une statue du Sacré-Coeur dans l'Eglise de Musssy. 27 – Ma brouille avec monsieur Sabatin, Maire. 28 – Naissance de Jean. 29 - Ma maladie. 30 Retour de Joseph de Saint Genis. 31 – Démission de monsieur Sabatin. 32 – Rentrée des classes et du cours d'adultes (15 octobre 1866). 33 – Ma perdrix, chanson en son honneur. 34 – Mort de Jean. 35 – Mon voyage à Joncy. 36 – Ma brouille avec monsieur le Curé. 37 Mon apostrophe à monsieur le Maire. 38 – Voyage avec Jean Baptiste Michel et Joseph pour leur admission à l'école normale. 39 – Entrée de Joseph à l'école normale. 40 – Ma nomination à La Guiche et mes adieux à Mussy.


1. Le voyage.
Ma femme se plaça sur le devant de la première voiture ayant à sa droite Marie et à sa gauche Louis ; et Joseph et moi marchions à ses côtés, en causant avec elle et les enfants sur l'aspect des pays que nous traversions. Nous arrivâmes vers la nuit à Gueugnon au bruit des cris de joie et de la musique, car c'était le mardi ; on fêtait le carnaval et les bals allaient grand train. Notre voiturier, qui était de Gueugnon et qui tenait hôtel, nous fit entrer dans une de ses salles, et après quelques instants, on nous servit à souper. Le trajet de Chalmoux à Mussy étant beaucoup trop long, nous fûmes obligés de coucher à cette première étape. Il ne nous fut guère possible de bien reposer. La veille, les chansons, le tintamarre étaient trop près de nos oreilles pour pouvoir nous livrer à un paisible sommeil. Il n'y eut que les enfants que le bruit ne put incommoder.
Le matin qui était le mercredi des cendres, jour de fête de notre famille, puisqu'elle porte le nom de Sandre, nous fûmes sur pied dès cinq heures. Après un court déjeuner, on attela pour aller dîner à Charolles. Nous traversâmes les communes de Clessy, Bragny-en-Charollais où je ne pensai guère que je serai instituteur neuf ans plus tard, Saint Aubin-en-Charollais et Champlecy. Arrivés à Charolles vers midi, on détela pour donner du repos aux chevaux et les panser, afin qu'on put arriver à Mussy dans la soirée. Puis, le dîner fini, on se mit en route en passant par Tourny, Saint Julien de Civry où mon fils Joseph devait être instituteur neuf ans plus tard, Saint Symphorien des Bois, La Clayette, La Chappelle sous Dun , notre dernière étape.

2. L'arrivée. Après cette longue traite qui nous fit traverser l'arrondissement de Charolles, à peu près d'un bout à l'autre, et faite sans le moindre accident, ce dont je remerciai le bon Dieu, nous parvinmes enfin à Mussy à la nuit, au moment où des flocons de neige commençaient à tomber pour saluer notre arrivée. Nous eûmes juste le temps de mettre à couvert notre mobilier. Après un frugal souper, nous fîmes nos lits, et notre prière faite, nous nous livrâmes à un repos nécessaire et bienfaisant, heureux de nous trouver dans notre nouveau gîte, à l'abri des bals et des vacarmes subis à Gueugnon.

3. Ma visite à monsieur le Maire et à monsieur le Curé. Le lendemain, une fois notre mobilier à peu près installé, je m'empressai d'aller faire mes visites obligées et pas mal impatient de voir la mine des deux personnages avec lesquels j'allais être en continuelle relation. Je montai d'abord au prebytère. Monsieur le Curé me fit un très bon accueil. C'était monsieur Alix Barthélémy. En le voyant avec sa grosse tête, ses joues bouffies, et ses lèvres épaisses et retroussées, je ne pus m'empêcher de faire cette réflexion peu flatteuse pour lui : si le moral correspond au physique, monsieur le Curé ne doit pas attirer la sympathie. Mais ne jugeons pas sur les apparences ; nous pourrions médire ou calomnier. Ce n'est pas l'habit qui fait le moine ; et je remis mon jugement à plus ample connaissance.
Du presbytaire je me rendis chez monsieur le Maire, monsieur François Sabatin. Il me reçut aussi très bien. Son visage était plus agréable à voir que celui de monsieur le Curé. Il me fit asseoir et nous causâmes assez longtemps sur choses et autres sans importance. Je le fixai de temps en temps pour le scruter, car les yeux sont presque toujours le reflet des sentiments de l'âme. Je crus voir en lui un homme peu sérieux, pusillanime et tenant aux honneurs. Mais je me rappelai la parole du divin Maître : Ne soyez pas prompt à juger. Et je remis mon appréciation à plus tard, lorsque le temps me l'aurait fait connaître.

4. Ouverture de la classe et du cours d'adultes. Le Dimanche, trois jours après mon arrivée, lesquels j'employai à l'installation définitive de tout notre mobilier et à la dispositions des tables, tableaux et autres effets mobiliers de la classe, sur mon invitation, monsieur le Curé annonça l'ouverture de la classe et du cours d'adultes pour le lendemain.
Le lundi, à neuf heures, je me vis à la tête d'une soixantaine d'élèves, et après la prière fixée par le règlement, je commençai ma classe.
Le soir à sept heures, une trentaine de jeunes gens de quatorze à vingt-deux ans se présentèrent au cours d'adultes pleins d'entrain et désireux de profiter de mes leçons et je me mis immédiatement à l'œuvre après la récitation d'un pater et d'un avé. A neuf heures, je complimentai mes élèves sur leurs excellentes dispositions ; je les engageai à être assidus au cours et je les congédiai, heureux de voir leur bonne volonté.

Sommaire

5. Ma classe du Dimanche. Tout dévoué à l'instruction de la jeunesse et reconnaissant que malgré les cours d'adultes qui n'ont lieu que pendant les mois de novembre, décembre, janvier et février, les élèves qui fréquentaient ce cours ont trop de temps pour perdre une bonne partie de l'instruction qu'ils y ont reçue je me déterminai à établir une classe d'une heure et demie, le Dimanche après la messe.
Le premier dimanche de mars, j'ouvris donc cette classe et j'eus la satisfaction de voir une vingtaine de jeunes gens s'y rendre assidûment jusqu'aux grandes vacances.

6. Mon livret d'écolier. Les collèges, les lycées, les petits séminaires envoyaient tous les trimestres aux parents des élèves un bulletin pour leur faire connaître la conduite et le travail de leurs enfants.
Seules, les écoles primaires étaient privées de ce puissant moyen d'émulation pour les élèves, et de ce précieux contrôle pour les parents.
A mes yeux c'était une grande et pernicieuse lacune et je résolus de la combler. Je fis donc confectionner à un lithographe de Chaufailles, un livret d'écolier à l'usage des élèves de mon école.
En voici la description :
Il était composé de six feuilles comprenant par conséquent 12 feuillets et 24 pages pouvant amplement contenir les notes à consigner sur un élève pour tout le temps qu'il passait à l'école.

Sur la 1ère page, on y voyait, en gros caractères : Livret d'Ecolier par J.B. Sandre, instituteur de Saône et Loire.

Sur la 2ème était la dédicace suivante :
Enfants du peuple qui remplissez nos écoles, c'est pour vous, c'est pour vos parents que ce livret est fait :
Pour vous afin que vous en fassiez un objet d'honneur, en remportant chaque jour une victoire sur la paresse et l'ignorance, et en méritant que votre instituteur n'y inscrive que de bonnes notes ;
Pour vos parents, afin qu'en leur présentant chaque mois, et en y voyant la preuve de votre bonne conduite et de vos progrès, il soit pour eux un sujet de joie et de satisfaction.
Plus tard quand vous serez des hommes, il sera pour vous un précieux souvenir ; il vous rappellera les heureuses années que vous aurez passées sur les bancs de l'école, les efforts que vous aurez faits pour vous instruire et pour devenir sages et vertueux.
Vous y retrouverez le nom de vos chers instituteurs, de ces hommes qui vous aiment tant, de ces hommes à qui vous devez le savoir et la vertu, pour lesquels votre bon coeur conservera toute votre vie, des sentiments de respect, d'affection et de reconnaissance.

Sur la 3ème page figurait la désignation de l'école, du canton, de l'arrondissement, de département, les noms de l'élève, la date de délivrance du livret, et la signature de l'Instituteur.

Sur la 4ème page l'état civil et l'état scolaire de l'élève, c'est à dire les noms de l'élève, son domicile, le nom de ses père et mère, la date de sa naissance, l'âge auquel il a commencé son instruction, les années et les mois qu il a passées chez ses différents instituteurs et le total des années et des mois consacrés à son instruction.

Sur la 5ème page le certificat d'instruction primaire rédigé ainsi :
Je soussigné..........., instituteur de la commune de ...................., certifie que l'élève...................... a quitté mon école le............... à l'âge de................. après m'avoir déclaré que ses études étaient achevées,

Sachant lire, écrire, calculer

Et ayant obtenu

Les mots et les récompenses dont le détail est donné dans le présent livret

A........................, le...........................18....

L'Instituteur

Sur la 6ème page , les notes de l'année scolaire d'après le tableau qui suit :

Notes de l'année scolaire 18.... / 18....
Mois
Assiduité
Silence
Sagesse
Ordre
Travail
Propreté
Diligence
Octobre              
Novembre              
Décembre              
Janvier              
Février              
Mars              
Avril              
Mai              
Juin              
Juillet              
Août              
Septembre              
Octobre              
Totaux              

Etat des progrès de fin d'année
Instruction religieuse
Orthographe
Lecture
Histoire
Ecriture
Géographie
Calcul
Dessin Linéaire
Système métrique
Chant

A............................................., le...................................... 18.......

L'Instituteur,
 
Et sur la 7ème page, les places de l'année scolaire d'après le tableau ci après :


Places de l'année scolaire 18.... / 18....
Mois
Division
Nombre d'élèves
Instruction religieuse
Lecture
Ecriture
Calcul
Orthographe
Octobre              
Novembre              
Décembre              
Janvier              
Février              
Mars              
Avril              
Mai              
Juin              
Juillet              
Août              
Septembre              
Octobre              
Totaux              

Récompenses obtenues dans l'année :

Inscriptions au tableau d'honneur... Billets de satisfaction
Assiduité
Travail
Lecture
Silence
Propreté
Ecriture
Sagesse
Diligence
Calcul
Ordre
Inst. Relig.
Orthographe

A ..........................., le .............................. 18..... L'Instituteur


Les 6ème et 7ème pages étaient reproduites pour chaque année scolaire jusqu'à la fin du livret.
Le premier compliment que je reçus pour la composition de ce livret fut celui du lithographe. Votre livret est un petit chef d'oeuvre, me dit-il, lorsqu'il m'en apporta l'épreuve ; concis, clair, admirablement distribué, il offre un tout complet de toutes les notes qu'on peut désirer sur l'écolier.

Pour un appréciateur compétent et sérieux, j'ai lieu de croire que mon livret ne laissait rien à désirer sans le rapport des détails concernant l'élève, sur sa clarté, sa simplicité, et la facilité de voir, sur une seule page, et mois par mois, pour chaque année, toutes les notes désirables sur l'élève, ainsi que ses places et de plus , en bas de chaque page à gauche, l'état de ses progrès en fin d'année, et au bas de chaque page à droite, les récompenses obtenues par lui dans l'année ; et tout cela dans deux pages en face ; ce qui permet de voir d'un seul coup d'œil, sans tourner le feuillet, toutes les notes d'une année entière.

Sommaire

7. Entrée de Joseph à St. Genis-Laval. Mes relations d'amitié avec les frères de Chauffailles et le supérieur des frères de Varennes-sous-Dun me donnèrent l'occasion d'entendre parler du noviciat de ces frères établi à St. Genis-Laval. On s'en entretint en famille, et ces entretiens donnèrent à mon fils Joseph l'idée d'y entrer. Je fus heureux de voir en lui cette bonne intention, et après avoir fait des démarches pour obtenir sa réception dans cet établissement, il y fut conduit, le 4 octobre 1864, par un frère Mariste.

8. Lettre de ma Mère m'annonçant qu'elle veut venir rester avec moi. Le 29 février 1864, je reçus de ma mère la lettre suivante :

Chantemerle, le 27 février 1864.
Mon cher fils,
J'ai reçu ta lettre du 7 courant. Je m'empresse d'y répondre, malgré la faiblesse où je me trouve. Je ne suis pas bien depuis le mois d'octobre. La fatigue, le chagrin m'ont affaiblie à ne plus me tenir droite. Je croyais que le bon Dieu mit fin à mon exil. Je commence à me reprendre ; je ne souffre pas de douleur, mais je suis bien faible. Je crois cependant qu'avec un peu de ménagement je me reprendrai. J'ai tout disposé pour que tu viennes me ramasser d'ici. Je te préviendrai quand je pourrai supporter le voyage. J'ai fait les lots du bien qui me reste. Vous aurez chacun deux mille cinq cents francs de terre, et environ quatre cents francs sur la maison. Comme mon frère a donné mille francs à Justin, son lot sera de 3.900 f. Ton lot et celui de Justin sont placés avantageusement pour la vente. Mon linge, je le porte tout. Le gros meubles, il pourrait convenir de les faire transporter chez toi ; la maison sera bien vite meublée ; sinon vous en ferez un encan
(1). Tu ne me dis pas si tu t'es rapproché ou éloigné d'ici. Donne-moi quelques détails sur le pays que tu habites ; si ta maison est près de l'église ; si c'est un bon climat ; si tu as un jardin. Justin me dit que tu gardes les outils de ton beau-père. Avec quelques uns qu'il portera d'ici, il aura bientôt fabriqué des meubles. A moi il me restera à peu près 1500 f. Comme je me démets de la jouissance des biens de mon frère, Alexandre me fera une pension.
L'oncle Bompard est malade à Gênes depuis environ deux mois. L'abbé est parti de Gap, il y a environ quinze jours, pour aller le voir ; nous languissons de ses nouvelles. Il est déjà dans un bel âge ; il passe quatre-vingts ans.
Je t'embrasse de tout mon coeur, ainsi que marguerite et tous tes enfants.
Ta mère, Sophie Sandre.

En recevant cette missive, je fus partagé entre le bonheur d'avoir ma mère, ma bonne et chère mère avec moi, et le déshonneur que ce départ ferait rejaillir sur notre famille. Car on saurait bien, dans le pays, que si, à un âge aussi avancé, ma mère quittait sa maison, ses biens, son église, le cimetière où reposaient les auteurs de ses jours, son époux et ses ancêtres, c'était pour se soustraire à des maux qu'elle ne pouvait plus endurer et qui lui venaient de sa belle-fille, femme livrée à l'ivrognerie, infidèle à son mari, et qui trafiquait des denrées de la maison pour satisfaire sa gourmandise.
Après de longues réflexions, et malgré le plaisir d'avoir ma mère auprès de moi, mère que j'aimais et qui avait toujours eu pour moi la plus grande affection, pour éviter un nouveau déshonneur à notre famille, je lui conseillai de ne pas donner suite à son projet, à cause de son âge, des graves inconvénients qu'amènerait son éloignement, et des blâmes qui en résulteraient pour mon frère Alexandre.
La Providence vint à mon aide pour que ma mère pût suivre le conseil que je ne lui avait donné qu'à regret, et pour épargner un déshonneur à notre famille. Près de trois mois après, je recevais d'elle la lettre suivante datée du 17 mai 1864 :

Mon très-cher fils,
On a beau faire des projets ; l'homme propose et Dieu dispose. Me voici vers la fin de mon exil. Prie Dieu pour moi que je fasse un heureux passage. Je prie Dieu souvent pour toi et pour toute ta famille que j'aurais bien voulu voir toute. Mais il faut se résigner à la volonté de Dieu. L'on t'écrira de suite après ma mort, afin que tu viennes ramasser ton bien, ainsi que celui de Justin. J'espère que vous vivez en bons frères. Je pense bien qu'avec l'intérêt de son bien et son industrie et dans un pays de fabrique, il ne te sera pas à charge.
Adieu, mon cher fils, je t'embrasse de tout mon coeur ainsi que toute ta famille.
Ta mère, Sophie Sandre.


A la lecture de cette lettre, je fus bien attristé, mais les sentiments si chrétiens qu'elle exprimait furent pour moi une consolation et je priai Dieu pour cette bonne mère que j'avais vu prier si souvent dans l'église de notre village avec tant de piété, et dans un maintien qui portait à la dévotion. Et j'attendis chaque jour une lettre m'annonçant sa mort.

(1) : NDLR : vente publique à l'enchère.

9. Rentrée des classes et du cours d'adultes. La rentrée des classes et du cours d'adultes annoncée à la messe comme d'habitude, par M. le curé, eut lieu le 15 octobre 1864. La plupart des élèves furent exacts à reprendre le cours de leurs études, et je vis avec plaisir les grands jeunes gens se présenter le soir à 7 heures avec deux ou trois hommes mariés et entre autres le garde-champêtre, pour suivre le cours d'adultes.

10. Mort de ma Mère. Les prévisions de ma mère dans sa lettre du 17 mai 1864, ne se réalisèrent pas. J'attendais toujours la nouvelle de sa mort, et ce fut seulement le 27 octobre 1864, cinq mois après sa dernière lettre que j'en reçus une de mon frère Alexandre en date du 25 m'annonçant sa mort ce même jour, à neuf heures du matin. Elle resta donc malade, couchée sur son lit de douleur pendant six mois, en proie à de cruelles souffrances qui me firent espérer que par elles le bon Dieu avait voulu abréger le temps de l'expiation dans les flammes du purgatoire ; car je ne doute pas que sa piété, son soin à élever ses nombreux enfants dans l'amour et la crainte de dieu, ses épreuves, ses peines et ses travaux ne lui aient ouvert le ciel.

Sommaire

11. Inspection du Cours d'adultes. Dans le courant de décembre 1864, M. Baudry voulut me ménager une surprise. Sans me prévenir, je le vis arriver un soir dans la salle d'école pour inspecter mon cours d'adultes. J'avais en ce moment 40 élèves, et j'étais en devoir de faire une double dictée à deux divisions à la fois, une pour les forts et l'autre pour les faibles. Pour éviter des erreurs, aux forts je haussais la voix, et je la baissais aux faibles. Cette manoeuvre fit bien rire l'inspecteur et il vit avec plaisir que cela marchait bien. J'agissais ainsi pour gagner du temps et pour tenir tous mes élèves constamment occupés. Cela empêchait toute causerie.

12. Sur l'invitation de mon cours d'adultes, je compose une chanson sur Mussy. La voici : elle est sur l'air de ma Normandie (2).

Premier couplet
L'on me dit : vous êtes poète
Il nous faut faire une chanson
Avec grand plaisir j'accepte
Cette fameuse invitation.
Je vais donc chercher dans ma tête
Pour chanter et rire aussi
Une petite chansonnette
Sur le beau pays de Mussy

Deuxième couplet
Admirez les hautes montagnes
Qu'ornent le châtaignier le pin
Ces collines et ces montagnes
De froment et de sarrasin
Voyez cette douce rivière
Qui coule et passe par ici ;
C'est un pays riche et prospère
C'est le pittoresque Mussy

Troisième couplet
Sur le penchant d'une colline
Voyez ces groupes de maisons
Et cette croix qui domine
Tous les pays des environs
Nous disant qu'il faut à tout âge
Prier et travailler aussi.
C'est le clocher de mon village
C'est le petit bourg de Mussy

Quatrième couplet
De ses aïeux suivant l'exemple
Voyez ce peuple plein d'amour
Se rendre en foule dans le temple,
pour sanctifier le saint jour
Ecoutez ces voix éclatantes
Des chantres, du Pasteur aussi ;
Ce sont des preuves éloquentes
Que la foi règne au vieux bourg

Cinquième couplet
Mussy fait des progrès insignes
Dans le travail, dans l'instruction ;
Jeunes et vieux plantent des vignes
Et vont le soir à la leçon
Sans se griser ils savent boire,
Chanter et vivre sans souci ;
Aussi je me fais une gloire
De dire que je suis de Mussy

Sixième couplet
Loin du fracas des grandes villes,
Heureux, je trace mes sillons,
Et je passe des jours tranquilles
Avec mes boeufs et mes moutons.
Pourrais-je envier l'opulence ?
Rien ne me manque, Dieu merci !
Car c'est un pays d'abondance
Que le vieux pays de Mussy.

Septième couplet
Pour me revêtir, j'ai la laine
La blanche laine du mouton ;
Pour me nourrir, j'ai dans la plaine
Tous les fruits de chaque saison :
J'ai la noix, la pomme, la poire,
La pêche et la châtaigne aussi ;
Mais surtout, amis, j'ai pour boire,
Le bon petit vin de Mussy.

Huitième couplet
Lorsque disparaît la verdure
De nos coteaux, de nos vallons,
Pour ne point sentir la froidure
J'ai du pin les ardents tisons.
Devant la flamme qui pétille
Je me repose et sans souci,
Je chante et je bois en famille,
A la santé du bon Mussy.

Neuvième couplet
L'hiver, quand finit la journée,
Je réunis tous mes enfants
Devant la grande cheminée
Précieux reste du vieux temps.
Là, je lis la Sainte-Ecriture
Que lisait mon Grand-Père aussi ;
Ainsi le goût de la lecture
De père en fils passe à Mussy.

Dixième couplet
A vingt ans, si le sort m'appelle,
Pour aller vivre dans les camps,
Aux lois de mon pays fidèle,
Je m'éloignerai de mes champs.
Mais après casernes et campagnes,
Au pas de charge et fier aussi,
Je reviendrai dans mes montagnes,
Aimant encor mon vieux Mussy.

Onzième couplet
Et si le sort heureux me laisse
Cultiver ma vigne et mes champs,
Pour me soigner dans ma vieillesse,
J'aurai ma femme et mes enfants.
Comme mon père, en son vieil âge,
On m'entendra chanter aussi :
Enfants, aimez votre village,
Votre bonheur est à Mussy.

Douzième couplet
Ô mon pays ! Toute la vie,
Tu seras mes chères amours ;
Nul autre ne me fait envie ;
Chez toi je veux couler mes jours.
Que m'importe toute la terre,
Ne suis-je point heureux ici ?
En attendant le ciel, j'espère
Vivre et mourir au vieux Mussy.


Ma chanson fit fureur ; elle devint populaire ; tout le monde la chantait ; et plusieurs années après mon départ, les amis avec lesquels j'entretenais correspondance m'écrivaient qu'on la chantait toujours.
 
(2) M. Nesly, Instituteur à Mussy de 1869 à 1903, dans sa monographie du village (1902) n'avait pas pu dater cette chanson et n'avait eu connaissance, a prori, que des dix premiers couplets.

 

Sommaire


13. Erreurs des tableaux de recensement de la classe de 1864.
Comme il n'y avait pas un mois que j'étais à Mussy, je ne connaissais pas les gens, et je priai le Maire de me fournir les renseignements nécessaires pour la confection des tableaux de recensement de la classe de 1864. M. Sabatin mit une grande négligence à me les fournir. Le Sous-Préfet n'ayant pas reçu ces tableaux deux jours avant le tirage, le menaça quelqu'un à ses frais pour les avoir. Le Maire, alors, à qui j'avais en vain demandé plusieurs fois les notes nécessaires, m'envoya la liste des jeunes gens de la classe. Je me hâtai d'établir les tableaux, et M. Sabatin envoya son domestique les porter au Sous-Préfet. Arriva le jour du tirage. A l'appel des conscrits fait avant l'opération, il y eut cinq qui ne répondirent pas, pour la raison qu'ils étaient morts. Mais ce qu'il y eut de plus fort, c'est que parmi eux se trouvait un fils de son fermier qui restai à côté de lui, qui était mort tout jeune. On peut juger du désarroi des autorités en présence d'un tel fait. Le Sous-Préfet se fâcha et interpella le Maire. Celui-ci, pour se tirer d'embarras, jeta la faute sur moi, et comme je ne pus me défendre, n'étant pas présent à la séance, ce magistrat tint pour certain que j'étais le vrai coupable. On raya les cinq défunts et on procéda au tirage.

14. Le Préfet me prive d'un trimestre de traitement de Secrétaire de Mairie. Rentré à Charolles, le Sous-Préfet porta plainte contre moi au Préfet et ce Magistrat prit un arrêté par lequel, pour me punir des erreurs des tableaux de recensement, il me priva d'un trimestre de traitement de secrétaire de mairie. C'était un prélude des privations de traitement que notre bonne République devait imposer plus tard aux curés et évêques qui ne seraient pas à la dévotion de nos illustres Gouvernants.

15. Mon voyage à Charolles pour me justifier. Ne pouvant supporter une pareille injustice, je partis pour Charolles ; j'allai trouver l'inspecteur et je lui fis part de l'intention que j'avais de demander une audience au Sous-Préfet pour me justifier de l'accusation portée contre moi par le Maire de Mussy et pour obtenir l'annulation de l'arrêté du Préfet. M. Baudry eut la bonté de m'accompagner à la Sous-Préfecture. J'exposai ma justification au Sous-Préfet et lui demandai de revenir sur l'arrêté qu'il avait provoqué. Il me fit de grand compliments sur mon zèle pour l'instruction et sur la tenue de ma classe ; mais il me déclara nettement qu'il lui était impossible de revenir sur l'arrêté. Je lui en témoignai mes regrets, et après l'avoir salué,je me retirai avec M. Baudry.

16. Ma lettre à l'Empereur, pour demander justice. J'avais à peine quitté la porte du cabinet du Sous-Préfet, que je dis à M. Baudry : Ce n'est pas des compliments que je suis venu chercher ; c'est du pain pour ma famille et pour moi ; et puisque M. le Sous-Préfet veut m'en priver, je vais m'adresser à l'Empereur pour obtenir justice ; car je ne dois pas être la victime de la coupable négligence et de la bêtise du Maire de Mussy. Et arrivé à la maison, j'écrivis à sa Majesté une lettre de justification appuyée par le témoignage de plusieurs pères des conscrits, déclarant qu'ils s'étaient présentés chez le Maire pour lui fournir les renseignements pour la confection des tableaux, et non à moi, comme secrétaire de la mairie. Et je mis le paquet à la poste, plein de confiance en ma requête.

17. Mon voyage à Chantemerle, pour le partage. Ne pouvant laisser ma classe au mois d'octobre 1864 pour me rendre à l'invitation de mon frère Alexandre au sujet du partage occasionné par la mort de notre mère, je lui écrivis que j'irais à Chantemerle aux vacances de Pâques. Je partis donc dans le courant d'avril et arrivai sain et sauf à la maison après deux jours de voyage.

18. Mes pleurs et mes sanglots en apprenant les vices de la femme de mon frère Alexandre. Le lendemain de mon arrivée, je fus tellement ému par tout ce que j'appris sur la conduite de la femme de mon frère, que je me rendis au fond de notre jardin pour donner libre cours à mon chagrin et pour cacher mes larmes et mes sanglots. Ma cousine Marie Blanchard vint m'y trouver, et voyant ma douleur : Oh ! Mais Baptiste, me dit-elle, ne vous faites donc pas tant de chagrin. Ma chère cousine, lui dis-je, quand je vois mon frère si bon, si gentil si travailleur avoir une pareille femme, je ne puis m'empêcher de reconnaître son malheur et de me faire du mauvais sang.
Dans la journée nous cherchâmes quelqu'un pour faire le partage du mobilier : Lits, matelas, linge, instruments d'agriculture, vaisselle, batterie de cuisine, etc. Personne ne voulut s'en charger, crainte de désagréments. Nous convînmes alors de faire dans la grange, cinq lots égaux en valeur autant que possible, et de les tirer à la courte-paille ; la plus courte devant choisir la 1re entre les cinq lots, et de même pour les autres pailles par rang de longueur, jusqu'au dernier lot qui devait échoir à la plus longue paille. C'était le meilleur moyen de couper court à toute discussion et à toute réclamation ultérieure.
Le lendemain du tirage des lots, nous nous rendîmes à Briançon, Justin, Alexandre et moi, pour la payement des droits de succession. De retour à Chantemerle nous achevâmes de régler toutes nos affaires. Je m'aperçus bien qu'il n'y avait à l'écurie, ni cheval, ni vaches, ni chèvre, ni moutons ; mais je ne sais pour quel motif je n'en parlai pas et ne fis aucune réclamation. J'avais cependant droit à en avoir ma part, sinon en nature, du moins en argent.
Cependant mon frère Alexandre me présenta un billet de mille fr. que j'avais souscrit au moment de mon mariage, pour pareille somme que m'avaient fournie mes parents en avancement d'hoirie (3). Tout-à-fait ignorant dans les affaires, je n'avais pas compris que je devais, à la mort de ma mère rapporter ces mille f à la masse de l'héritage. Je fus tout surpris, et j'exposai à mon frère que j'avais assez rendu de services et épargné des dépenses à la maison, pour qu'on n'exigea pas le remboursement de cette somme. Je lui rappelai que pendant les quatre années 1844, 45, 46 et 47, j'avais épargné un domestique à notre mère, et qu'à 200f par an pour son salaire et sa nourriture, cela faisait 800f ; que j'avais remboursé à notre père 500f qu'il m'avait avancés pour payer mon remplaçant, bien que nos frères Paulin et Justin n'eussent jamais rien remboursé pour toutes les sommes dépensées par eux en voyages et en dépenses ne leur ayant jamais servi à rien. Sur ces observations que mon frère Alexandre trouva justes, il déchira mon billet, pour qu'il n'en fût plus question.
Tout alors étant arrangé, je mis au roulage (4) ma part du mobilier ; la madone en marbre qui venait de Gênes, le christ en bois sculpté qui avait appartenu à mon oncle, au pied duquel je l'avais vu souvent prier à Gap lorsque j'étais avec lui, au pied duquel j'avais prié moi-même et m'étais confessé à lui à l'âge de 6 et 7 ans, et autres objets qu'il serait trop long de détailler. Et enfin je quittai la maison, les larmes dans les yeux et le coeur attristé par la pensée de la mort de mon père, de ma soeur Thérèse, de mon oncle, qui, dans l'espace de 16 ans, avaient quitté pour toujours cette maison à laquelle s'attachaient, à la fois, tant de souvenirs de joie et de tristesse, et que je quittais moi-même pour, peut-être ne plus la revoir.

(3) NDLR : acompte à valoir sur les biens compris dans une succession.
(4) préparer pour acheminer.

Sommaire

19. Voyage de mon frère Alexandre à Mussy. Dans le courant d'octobre 1865, j'entendis un soir frapper à notre porte ; comme il était nuit, je demandai Qui est là ? C'est le montagnard, me fut-il répondu. Je reconnus la voix de mon frère ; je m'empressai d'ouvrir, et nous nous sautâmes au cou pour nous embrasser. Il avait voulu me ménager une surprise et m'arrivait subito, sans tambour ni trompette. Je fus très-sensible à cette marque d'affection fraternelle et je lui témoignai le vif plaisir que me procurait son aimable visite. Il passa quelques jours avec nous ; me raconta une partie des ses misères, n'osant pas me les faire connaître toutes, crainte de me faire de la peine. Il me dit qu'il avait tout fermé avant de partir, ne laissant à sa femme que la clef de la chambre ménagère, dans laquelle il n'avait laissé que le nécessaire pour la nourriture de la famille pendant son absence.
Pauvre frère ! Il était bien content de se trouver avec moi. Mais par moments la tristesse assombrissait son visage et envahissait son tendre coeur. C'est bien pénible, en effet, pour un mari d'être obligé de prendre de pareilles précautions avec sa femme ; et probablement il songeait à cette dure nécessité.

20. Notre visite à Joseph, à St. Genis-Laval au départ de mon frère. Le jour du départ étant arrivé, je voulus accompagner mon frère et nous procurer à tous deux le plaisir de voir Joseph. Nous nous rendîmes donc ensemble à St. Genis. Nous passâmes quelques heures avec lui. Il nous fit visiter l'établissement, la chapelle, le jardin et l'enclos ; puis nous quittâmes Joseph pour revenir à Lyon. Là, nous nous séparâmes : lui, pour retourner à Chantemerle et moi, pour rentrer à Mussy. En abordant Joseph, et en le voyant si calme, si réservé, mon frère se pencha vers moi et me dit : Heureux père ! En effet, en ce moment. J'étais vraiment très content de voir mon fils en si bonne voie. Son attitude en cette visite, et surtout les nombreuses lettres qu'il m'avait déjà écrites me faisaient voir en lui un enfant pieux et plein de bonne volonté.

21. Lettre du Préfet m'annonçant que justice m'est faite et réception de ma mention spéciale du Ministre. On dit qu'un malheur n'arrive jamais seul. Je transforme complètement le proverbe en disant : Un bonheur n'arrive jamais seul. En effet, coup sur coup, je reçus dans le courant d'août 1865, une lettre du Préfet m'annonçant que je pouvais me présenter chez le percepteur pour toucher le montant du trimestre de traitement de secrétaire de mairie dont son arrêté m'avait privé ; et une spéciale mention du ministère de l'instruction publique en récompense de mon enseignement. La lettre du préfet était très élogieuse et disait que j'avais rendu de nombreux services comme secrétaire de mairie et que je pouvais encore en rendre.
Lorsque le fameux Sabatin reçut cette lettre qui me fut envoyé par lui, il dut joliment faire la grimace, lui qui m'avait mis dans le pétrin, pour ne pas y être mis lui-même.

22. Nos visites entre Confrères. Malgré quelques escarmouches, jamais peut-être, je ne menai une vie aussi heureuse qu'à Mussy ; et cela à cause des visites que nous nous rendions entre confrères. M. Quelin, à Chassigny, M. Verchère à la Chapelle, M. Routhier, à St. Igny-de-vers, M. Thomas à St. Racho, moi à Mussy, nous étions de vrais amis et avions établi parmi nous, une espèce de société fraternelle qui nous unissait par les plus doux liens. Nous avions convenu de nous rendre visite chaque mois à tour de rôle. Donc, au jeudi désigné, pour chacun, tous les confrères se trouvaient réunis chez l'un d'eux. Et là, dans un dîner sobre mais au-dessus de l'ordinaire cependant, on se livrait aux plus sincères épanchements de l'amitié et aux plus agréables entretiens. Chacun trouvait tant de plaisir à ces réunions, qu'on les attendait impatiemment d'un mois à l'autre. Aussi un de mes grands regrets en quittant Mussy, fut la perte de cette si charmante et si sympathique société que je ne pus jamais retrouver ailleurs.

23. Rentrée des classes et du cours d'adultes. Je n'ai rien à consigner pour cette double rentrée, sinon qu'elle eut lieu à peu près dans les mêmes conditions que les précédentes, le 15 octobre 1865.


Bientôt la suite de ce récit....


Haut de page