Le monument aux morts de la Grande guerre


Le village de Mussy a une particularité. Il possède deux monuments aux morts, l'un érigé en 1899 en mémoire des soldats morts lors de la guerre de 1870/1871 et l'autre érigé en hommage aux morts de la première guerre mondiale. Seul ce qui concerne le monument de la première guerre mondiale est évoqué ici. Comme de nombreuses personnes qui ont fait des recherches sur les soldats « morts pour la France » de leur commune, j'ai été confronté lors de mes recherches sur les soldats de Mussy aux questions suivantes :

Pourquoi y a t'il une différence entre le nombre d'actes de décès transcrits à la Mairie et celui des noms gravés sur le monument aux morts ?
Pourquoi les noms de soldats nés sur la commune ne sont-ils pas sur le monument ?
Pourquoi les noms de soldats qui n'ont pas été déclarés « morts pour la France » sont-ils sur le monument aux morts ?
Pourquoi les noms de soldats qui ne sont pas nés sur la commune et qui n'y ont jamais résidé sont-ils sur le monument aux morts ?

La liste des questions n'est pas exhaustive. Pour de nombreuses communes, la liste gravée sur le Monument est celle établie pour réaliser le Livre d'Or des Morts pour la France, édicté par les deux lois de 1919 et 1922, qui doit renfermer les noms de tous les militaires et civils Morts pour la France entre le 2 aout 1914 et le 24 octobre 1919. Mais dans de nombreuses autres communes, on a fait appel à la population, à la mémoire collective et les élus ont répondu à des demandes familiales. Cela a forcément généré des oublis, des erreurs ou parfois des ajouts abusifs. Par exemple, deux soldats décédés en 1920 (Pierre Lucien Simmonard et Jean Louis Buisson), qui n'ont pas été déclarés morts pour la France se trouvent sur le monument. Sur le plan de la loi, ces deux soldats ne devraient pas être sur le monument. Pourtant, on a du estimer que ces hommes étant décédés suites à leurs blessures au front, il était légitime qu'ils soient sur le monument. N'ayant pas de ligne de conduite particulière à observer, la commune de Mussy, comme de nombreux villages a dressé sa liste en fonction du choix sans doute décidé par le Conseil Municipal. Les cas de figure sont donc très variés et l'on trouve indistinctement sur les Monuments :

• les natifs de la commune, militaires « Morts pour la France », même résidants ailleurs (par exemple, Alphonse Gauthier né à Mussy résidait à Chauffailles).
• les résidents de la commune à la déclaration de guerre, militaires ou civils, comme décrits ci-dessus (c'est le cas de Gilbert Carron qui résidait à Mussy avant la guerre et qui, né à Chambilly, est porté sur les monuments des deux communes).
• les enfants, maris de résidents ou natifs de la commune, comme décrits ci-dessus, même nés ou résidants ailleurs (c'est le cas de Joseph Puillet, qui bien que né et résidant à Chauffailles s'était marié juste avant guerre à une native de Mussy, ce qui explique sa présence sur le monument).
• les employés et ouvriers de commerces ou d'entreprises de la commune même résidant ailleurs.
• les militaires morts sur le territoire de la commune : deux soldats sont décédés en service à Mussy pendant le conflit. Le soldat William Edwin Gravell de nationalité australienne est décédé de mort accidentelle. Le soldat Jean Louis Lapalus né à Ozolles et dont la cause du décès est inconnue était sergent au 56ème régiment d'infanterie à la 25ème compagnie en détachement à Bourgneuf Val d'Or (71). Leurs noms n'ont cependant pas été transcrits sur le monument.

Certains soldats sont inscrits sur plusieurs monuments :
• celui de leur commune de naissance
• celui de leur commune de résidence
• celui de leur commune de travail
• celui de la commune de résidence des parents ou conjoints

Le monument de la Grande guerre
Le monument de la guerre 1870 / 1871

Des militaires nés à Mussy et morts durant le conflit n'apparaissent pourtant pas sur le Monument aux Morts. Leur naissance dans le village peut être liée à des circonstances particulières. Plusieurs soldats sont nés pendant la construction du viaduc, leur père travaillant sur le chantier (c'est le cas du soldat Jean-Marie Portra, dont la famille est originaire du Dauphiné). Ces familles sont reparties à la fin du chantier. D'autres ont vu leur famille, mussiate depuis des générations, émigrer en ville alors qu'ils étaient en bas âge (Paris ; Lyon ; Roanne). D'autres soldats se sont mariés et sont partis dans la commune de leur épouse ou sont partis pour des raisons professionnelles (c'est le cas de Jean Marie Aulas, instituteur à Baudemont). A Mussy, le soldat Georges Coeurty, bien que décédé accidentellement en 1919 (noyade), mais alors qu'il était encore sous les drapeaux, a été déclaré « mort pour la France » et porté sur le monument. Un autre soldat est décédé à son domicile au bourg de Mussy. Il s'agit de Joannès Bajard. Est-il décédé de maladie non contractée en service lors d'une permission ? A t'il été rappatrié chez lui suite à une blessure ou à une maladie contractée en service ? En tout cas, il n'a pas été déclaré « mort pour la France », mais son nom figure bien sur le monument du village.

Toutes les communes de France ont voulu honorer leurs Morts pour la Patrie en édifiant un monument sur lequel apparaîtraient les noms des tués. L'état fixe en 1920 le montant des subventions accordées pour les édifications des monuments, sous l'autorité des Préfets. Ces subventions peu importantes et et réparties de manière très inégale selon les communes ont souvent conduit les maires à décider de se passer de cette subvention. A Mussy, il n'y a aucune trace de délibération ou de discussion dans les comptes-rendus du Conseil municipal concernant l'érection d'un monument. Visiblement, c'est une souscription publique qui a permis de financer le monument. L'Etat, pour la réalisation des monuments imposa un décret d'approbation émis par une commission de contrôle. Cette commission, chargée de constater la qualité artistique des projets devait veiller également à ce qu'une différenciation soit faite entre les monuments commémoratifs et les monuments funéraires qui, seuls, pouvaient être agrémentés d'emblèmes ou d'épitaphes religieux. En fait, les communes érigent des monuments à motifs religieux aussi bien sur des places publiques que des monuments commémoratifs dans les cimetières et se passent de l'avis de la commission et du Préfet. C'est le cas à Mussy, ou un symbole religieux se trouve sur le monument commémoratif.
La diversité des moyens financiers dans les communes font que les monuments vont du produit de série à l'oeuvre d'art unique en passant par de simples plaques qui rappellent le sacrifice des hommes du village. Aucune directive n'initie la façon dont doit se faire l'inscription des Morts, ni " qui seront " ces Morts. Les conseils municipaux fixent leur choix et le plus souvent optent pour les natifs et les résidents de la commune. La pratique révèle de nombreux cas de figure qui font que les actes d'état civil ne reflètent pas les listes gravées sur les monuments. Apparaissent des noms auxquels aucun acte ne correspond, les intéressés n'habitant plus la commune à la déclaration de guerre ou cette commune n'étant que le lieu de résidence de leurs proches.

Description du monument
Plusieurs types de monuments se retrouvent dans les communes aux quatres coins de France. Il y a les simples plaques commémoratives pour les communes très démunies, les stèles comme à Mussy, les monuments avec une statue de poilu, les monuments allégoriques et enfin les monuments pacifistes.
La stèle du monument de Mussy est à quatre pans. La partie supérieure s'apparente à un obélisque. Il s'agit d'un type de monument courant, justifié par son coût modeste par rapport aux oeuvres plus élaborées. L'obélisque se pare des attributs les plus divers, sculptés ou rapportés. A Mussy, l'obélisque est dominée en son sommet par la croix de guerre. Sur le pan de l'obélisque qui fait face à la place du village, est sculptée une croix catholique entrelacée avec une branche de laurier. A la base de l'obélisque est sculptée une couronne faite d'une branche de laurier et d'une branche de chêne.
Les Épitaphes sont nombreuses sur les monuments et elles sont de trois types : les patriotiques, les civiques et les funéraires. Les épithaphes civiques font la part belle à l'attachement de la commune à ses morts. C'est le cas à Mussy ou l'épitaphe est ainsi libellée « Mussy sous Dun, à ses fils morts pour la France ».
Les informations à graver sur les monuments sont différentes d'une commune à l'autre ; là encore rien n'est imposé et l'on rencontre plusieurs choix. A Mussy, la liste des soldats « morts pour la France » est classée par année de décès. Les nom et prénom des soldats sont indiqués, ainsi que le jour de leur décès.


Texte et photos Philippe Lenglet

Les soldats morts en 1914 et 1915
Les soldats morts en 1915 et 1916
Les soldats morts entre 1917 et 1920
L'épithaphe et le décor religieux
La croix de guerre au sommet du monument
La couronne faite d'une branche de laurier et
d'une branche de chêne

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